Camp d’été 2012 «Poursuivre la paix »à Ramallah et Jérusalem

Notre projet est né à grâce aux liens entre les communautés catholiques françaises et la Terre Sainte, en particulier avec les écoles chrétiennes au sein du « Réseau Barnabé », pour :

  • Animer un Camp d’été en français dans une école chrétienne de Ramallah
  • Découvrir Jérusalem et le monde juif, à travers la rencontre avec des Israéliens.
Première entrée
Camp d'été aux couleurs de la France et des JO

Du 12 au 20 juillet 2012, l’école grecque-catholique melkite de Ramallah accueille un camp d’été en français pour ses jeunes élèves de 6 à 12 ans. Pendant une semaine, les équipes aux couleurs de grandes villes de France parcourront le territoire français par leurs dessins, contes, chants, mimes et jeux et pour s’affronter dans une compétition pacifique aux accents olympiques. Une occasion pour les enfants de découvrir la culture française en lien avec la langue qu’ils apprennent à l’école et de pratiquer les principes olympiques : joie de l’effort, loyauté, respect de l’autre, dépassement de soi, entente mutuelle… Comme les années précédentes, le camp est animé par seize volontaires français en collaboration avec professeurs et lycéennes de l’établissement. Top départ de l’aventure mercredi 11 juillet 2012. 

Mercredi 11 juillet : Impressions mélangées à l'arrivée...

Nous voilà donc arrivés en Israël à 14 h 30 heure locale, près de 8 h après notre décollage de Roissy. Nous sommes passés sans encombre au contrôle des passeports et avons même – tous – récupéré nos bagages en un temps record, au dire des vétérans du pèlerinage ! En sortant du terminal, ce qui me frappe c’est bien sûr la température, de 15° supérieure à celle de Paris, mais aussi les couleurs, les mêmes qu’à Marseille, toutes fanées de soleil et de poussière. Bienvenue en Méditerranée. Nous prenons un minibus qui nous conduira jusqu’à Jérusalem, et cette fois, c’est la Guadeloupe aux abords de Pointe à Pitre que me rappellent les palmiers qui longent l’autoroute. A Jérusalem, nous changeons de bus pour passer le mur. Les tours de surveillance m’impressionnent mais nous passons sans qu’aucun soldat ne monte à bord. Nous descendons à Ramallah, surpris de découvrir que de chaque côté du mur, la vie continue et paraît se dérouler bien plus normalement qu’on ne le font croire les reportages : les mêmes bas et hauts, les mêmes anecdotes rigolotes, les mêmes vacances pour les enfants que partout ailleurs. La même beauté qui se révèle à ceux qui la cherchent, comme partout ailleurs. Alors, pour « Poursuivre la paix » qui existe déjà d’une certaine façon, nous avons clôt notre prière par la préparation de la journée du lendemain, première journée d’olympiades !

Jeudi 12 juillet : Si tu veux la paix...

Visages connus, frimousses inconnues… Une même soif de découvrir les enfants de l’école melkite nous animait, teintée d’une légère appréhension ! Et au final, une belle première journée, porteuse d’espérance pour tous ! Le grand rabbin Sirat disait : “Si tu veux la paix, donne la priorité des priorités à l’éducation”, vaste programme… Nous y participons en versant une goutte d’eau dans l’océan… de la paix. (Anne-Marie et Benoît)

Vendredi 13 juillet : Deuxième Journée de camp

Ce matin, après un réveil (très) matinal, nous sommes montés tout affamés prendre notre petit déjeuner. Une surprise nous attendait : nous nous sommes cognés contre une porte fermée. Une fois la clef trouvée, Jean-François (apparemment le plus affamé de tous) se précipite dans la cuisine du restaurant. Hélas, le frigo est vide. Nous partons donc vers l’école en prenant la montée raide de la rue principale de Ramallah, le ventre vide et les idées noires. Il restait à certains l’espoir minime de trouver un café ouvert. Malheureusement, le premier que nous croisons durant cette longue ascension est fermé. Il est 7h30, Ramallah dort encore. Nous poursuivons notre chemin pensant que nous allons prochainement mourir de faim, l’espoir ayant totalement disparu de nos cœurs. Soudain : un café ouvert et accueillant. Est-ce un mirage ? Mais non, c’est bien la réalité, nous sommes sauvés, nous arriverons 20 minutes plus tard à destination, rassasié d’un petit déjeuner tout à fait typique de la région : une viennoiserie et un café au lait !

Le programme « officiel » de la journée commence comme d’habitude par le rassemblement général. Après la prière et l’écoute de l’hymne national palestinien, les enfants partent au théâtre où les animateurs leur apprennent le couplet du jour, cette fois-ci les Jeux olympiques se déroulent à Strasbourg. Vient ensuite une scénette, racontant les origines strasbourgeoises de la Marseillaise… A partir d’aujourd’hui, nous commençons par les jeux et les activités physiques pour ensuite canaliser au mieux l’énergie débordante de tous ces enfants. On ne leur propose pas le jeu du « téléphone arabe » mais du « téléphone français », de même le jeu de la « bombe » devient celui de « l’œuf de cigogne » (subite inspiration alsacienne). Après une pause ressourçante, nous passons aux ateliers. Encore un changement : les activités proposées ne durent plus 1h15 mais 50 minutes, et sont ainsi au nombre de trois (au lieu de deux).

Durant ces temps qui nous sont donnés à vivre, nous oublions parfois que nous sommes en Palestine, jusqu’à ce que, parmi ces phrases assez banales où les enfants expriment leurs goûts (« J’aime les vacances, je n’aime pas l’école ») se glisse une phrase évoquant l’évangile de la veille et qui nous rappelle le thème et le but de notre voyage : « J’aime la paix, je n’aime pas la guerre ». (Ewelina et Anne)

Samedi 14 juillet : fête nationale à Ramallah et à Jérusalem

Samedi 14 juillet : fête nationale à Ramallah et à Jérusalem
“Joyeu de France”. C’est par cette petite expression sur le dessin d’une de nos jeunes élèves que notre journée très “nationale” a commencé. Elle annonçait notre chère Marseillaise ajoutée aux prière et hymne quotidiens. Nos Jeux olympiques font étape aujourd’hui dans le Grand Sud-Est de la France, Alpes et Méditerranée, occasion de découvrir les joies de la pêche, de la cordée en montagne et de la pétanque, adaptées pour l’occasion sous forme de nouvelles épreuves. L’équipe Strasbourg couronnée médaille d’or et les activités terminées, nous partons braver la chaleur et le check-point, destination Jérusalem. 14 juillet oblige, notre petite communauté participe à l’une des traditions républicaines des plus surprenantes : une messe très diplomatique (“messe consulaire”) à Sainte-Anne en l’honneur de notre pays représenté par le Consul général de France à Jérusalem. En sortant, Jean-François nous ouvre à la profondeur biblique du lieu, la piscine de Bethesda : rencontre de l’histoire avec les acteurs d’aujourd’hui et de demain. Au cours de la réception qui suit dans les jardins des Pères blancs, représentants palestiniens et internationaux, religieux et religieuses, volontaires et coopérants francophones et francophiles nous entourent pour partager le verre d’une amitié aussi précaire que nécessaire, facilitée peut-être par le vin de l’abbaye de Latroun et les bulles d’un champagne bien français. Des rencontres pleines de promesses pour notre séjour qui s’installe entre choc des frontières, murs épais et contrôles armées, espérances portées par des visages d’avenir. (Rémi et Virginie)

Dimanche 15 juillet : Quel est le sens de notre présence ici ?

Nous n’offrons qu’un temps limité. Nous apportons un service qui peut sembler bien dérisoire. Nous sommes accueillis au-delà de ce que nous pourrions imaginer. Nous faisons l’expérience d’une hospitalité que nous ne pourrons sans doute jamais rendre. Nous partageons le pain de la souffrance, mais aussi l’espérance de nos frères chrétiens. Nous sommes fêtés, nourris plus que nous ne pouvons absorber ! Nous recevons plus de présents que nous n’apportons de cadeaux. Nous écoutons en amis, en frères, des voix que l’on entend trop peu souvent. Nous entendons des souffrances que nous n’avons pas le pouvoir d’apaiser et des espoirs dont nous ne mesurons que trop bien la fragilité. Nous sommes là, simplement. Nous ne faisons que cela mais nous faisons tout cela. (Nicolas)

Je voudrais relater une rencontre très furtive mais qui m’a marqué, et même plus avec le recul de cette journée de dimanche passée dans les familles. Nous rentrions de notre excursion hier soir à Jérusalem. Dans la rue à Ramallah, un jeune palestinien nous interpelle Nil et moi. Et ce qui m’a surpris c’est que c’était en français. En me rapprochant la question m’échappe : « Vous parlez français ? Vous parlez français ! ». Il me répond : « Oui ! Je suis de Toulouse. Je suis vietnamien, palestinien et je suis avec mon cousin. On passe la soirée comme on peut… Et vous ? Qu’est-ce que vous faites ici ? ! ». Alors je lui explique notre camp. Je ne réalise qu’aujourd’hui combien sa réponse m’a marqué : « Franchement, je vous remercie pour ce que vous faites pour mon pays ! Merci ! ». Ce n’était qu’un tout petit échange, plein de simplicité, de beauté et de sincérité. C’est pour cela que je voulais en reparler ici. (Yannick, de Ramallah !)

Par ce beau dimanche ensoleillé, nous sommes allés déjeuner dans les familles palestiniennes qui nous ont invités. C’est un moment fort du séjour puisque nous entrons dans l’intimité de nos hôtes. Le nôtre tient à nous faire faire le tour de la ville… Malheureusement on ne s’éloignera pas très longtemps car les check-points ou les colonies un peu plus loin mettent fin à l’escapade. Jérusalem est à portée de vue (ou de roquette !) Je me demande toujours comment les habitants font pour vivre dans un espace en vase-clos avec la présence des colons en ligne de mire, sans énervement. Est-ce de la résignation, une passion contrôlée devant leurs invités ? Le père de famille nous dira qu’il est sorti en de très rares occasions de Ramallah et qu’il ne s’agit pas d’une priorité pour lui. Le plus important, c’est de créer un espace familial le plus confortable possible pour supporter un univers extérieur hostile. Il nous interroge beaucoup sur nos pays d’origine et sur la façon dont les choses s’y passent mais ce qui me marquera ce sont plutôt nos préoccupations communes. D’ailleurs, quelque chose nous rapprochera définitivement tous : l’album de mariage sorti par madame. Les traditions, les vêtements, les sourires sur les photos sont décidément les mêmes à Paris, à Czestochowa ou à Ramallah. Si ce n’est, tout de même, que cette union a eu lieu pendant l’intifada et sous couvre-feu… Finalement nous abordons les problèmes de la vie de couple, du célibat, comme on l’aurait fait dans notre douce France. Ce qui marquera c’est donc l’unité de nos vies plutôt que nos différences, ce sont les épreuves communes bien qu’il soit indéniable que nous en connaîtrons certaines qui seront complètement différentes. Je rentre donc en me disant que malgré les difficultés, la vie continue envers et contre tout… que le mal n’aura pas raison de la vie. (Stéphane)

Paradoxes, avis divergents, affirmations empreintes d’émotion, paroles criant l’injustice mais aussi mots porteurs d’espérance, clins d’œil sur la vie et les petites lumières du quotidien… Tous ces échanges, ces rencontres nous parlent de VIE, malgré toutes les incertitudes et les souffrances… Je fais mémoire de ces paroles, ces ressentis, ces rencontres, sans essayer de les juger à l’aune de mon vécu mais de les accueillir en vérité, avec tout ce qu’ils me disent de la vie de chaque personne croisée. Pour finir, une phrase de la mère de famille qui nous accueillait dimanche : « Je suis fière d’être chrétienne malgré tout ! ». (Anne-Marie)

Passage au crible au check-point

Retour sur notre passage de Ramallah à Jérusalem pour nous rendre à la cérémonie du 14 juillet samedi soir. Nous n’arrivons pas très en avance à la station des bus au centre de Ramallah et cherchons désespérément un bus pour Jérusalem. Nous voudrions pouvoir remplir un minibus avec notre seul groupe européen, de façon à traverser plus rapidement le contrôle au check-point sur la route de Jérusalem. Malheureusement, il n’y a qu’un grand bus de 55 places qui se prépare à partir et où des voyageurs arabes ont déjà pris place. Quant au chauffeur, le groupe réagit un peu en découvrant un barbu imposant, le regard aussi noir que sa longue barbe taillée au carré… Bref, tout ce qu’il faut pour passer le check-point sans encombre ! J’explique au chauffeur pourquoi nous allons à Jérusalem, que nous ne voudrions pas être en retard et surtout ne pas avoir à descendre du bus pour passer le check-point à pieds dans d’interminables files d’attentes. Il me répond avec un sourire amusé : « Asseyez-vous ensemble et nous verrons bien ! » Arrivés au contrôle, je vois notre chauffeur me faire signe au fond de bus dans son grand rétroviseur et me rassurer d’une façon qui me semble bien présomptueuse : « C’est bon ! Vous n’aurez pas à passer à pieds ». La plupart des voyageurs doivent pourtant descendre passer les contrôles. Ne restent dans le bus que notre petit groupe qui n’en mène pas large, aux derniers rangs, et les quelques arabes qui tendent une carte de résident de Jérusalem aux militaires israéliens montés à bord. C’est une jeune fille d’une vingtaine d’année qui est la supérieure et contrôle nos passeports, accompagnée d’un autre jeune militaire en armes. Le contrôle est rigoureux mais poli. Nous traversons rapidement le check-point. Je cherche à remercier notre chauffeur en le quittant, arrivés à Jérusalem. « Vous étiez le bon chauffeur, lui dis-je, grâce à vous, nous sommes passés rapidement ! » — « Non ! Ce n’est pas grâce à moi, c’est cette militaire israélienne ! Vous savez, à force de faire la route, nous les connaissons presque tous. Cette fille-là, c’est quelqu’un de bien ! » (Jean-François)

Lundi 16 juillet : L'important... c'est de participer !

Au quatrième jour de notre camp, l’esprit olympique prend de l’épaisseur et nos jeunes commencent à en vivre le sens. Le Sud-Ouest colore les activités de la journée : rugby, pelote basque et saute-moutons animent la cour de l’école. Alors que les enfants poursuivent leur tour de France, nous approfondissons notre rencontre de la Palestine. Le soir, à la suite d’une messe, les jeunes de la paroisse latine de Ramallah nous accueillent pour un temps d’échange au cours duquel nous prenons la mesure, au gré des discussions, de la complexité de leur situation : souvenirs douloureux de l’Intifada, humiliations aux check-points et entrave à la libre circulation. Que ce soit Mariana, Johnny, Hiba ou bien encore Nizar, chacun à leur manière témoignent de leurs difficultés et de leurs espoirs : sentiments « d’emprisonnement, d’injustice, rêves de liberté et de tranquillité. » Quoi de surprenant pour nous, jeunes français, que de retrouver dans leurs discours des attentes, des désirs d’avenir comparables aux nôtres ? Quoi de si frappant de voir que ces jeunes palestiniens sont tout simplement des jeunes hommes et femmes en quête de bonheur, comme tout être humain. (Adélaïde et Rémi)

Mardi 17 juillet : Premiers fruits

Comme chaque matin, le groupe se hâte vers « notre » école. Et là, finalisation de la matinée : les divers jeux, la présentation de la « ville du jour », aujourd’hui Nantes, répétition du couplet et du mime avec déguisement. Ensuite, pendant que les enfants arrivent, nous nous retrouvons dans l’église qui est au centre de la cour de l’école. Au son de nos chants, quelques enfants nous rejoignent au fond de l’église pour un temps de prière : chants, lectures, intentions. Nous y retrouvons toujours Abuna Issa, le curé melkite, lisant son bréviaire, seul, recueilli, portant dans son cœur sa paroisse et tous les chrétiens palestiniens de Cisjordanie. Ici, un chrétien doit demander chaque jour de garder un cœur ouvert et fraternel s’unissant au Christ crucifié et ressuscité. Parmi les activités de l’après-midi : les grands « l’équipe Paris » poursuivent la réalisation d’un dessin animé partant de leur quotidien et évoluant comme un rêve et « l’équipe Marseille » nous fait pour une fois la surprise, dans notre atelier « voyager », de se montrer plus désireux de mieux connaître les mœurs des villes du jour à découvrir : Toulouse et Bordeaux. Il faut croire que le travail éducatif peut même porter ses fruits à court terme !

Mercredi 18 juillet : Panne de klaxon ?

« Ils ont dû avoir une panne de klaxon » affirme ce matin l’un d’entre nous en salle des profs de l’école grecque melkite à l’annonce du retard de l’association « Right to Play ». Pour comprendre, imaginez-vous quelques instants les routes de Ramallah qui, pour doubler ou prendre soudainement une priorité, vivent au rythme des klaxons… Right to Play est une association canadienne implantée sur le territoire palestinien qui propose des jeux et activités pour enfants. Ce mercredi est un jour un peu spécial, c’est la dernière étape de nos J.O. de France. Les enfants sont aux taquets, les volontaires français et palestiniens aussi. Tous partageons un objectif commun, réussir avec les enfants la restitution des activités de la semaine demain à 15 h devant les parents. En soirée, une réunion de 2 heures pour organiser cet évènement a mis à contribution le groupe. Nous tentons de ne rien laisser au hasard ! Après cette dernière, des vidéos nous sont présentées par Jean-François, dont celle, marquante, du curé de Taybeh, le père Raed. Pragmatique et optimiste, leprêtre explique comment passer un checkpoint en maniant l’arme de l’humour. Un parallèle percutant entre l’impossibilité pour les palestiniens de ne pouvoir circuler librement et la nécessité de conserver humour et espérance. (Benoît)

Jeudi 19 juillet : On ne pense pas tous les jours à la guerre ou à la paix

Au réveil, la ville est plongée dans le brouillard, annonçant l’humidité de la journée à venir. En arrivant à l’école, nous avons découvert la cour envahie de bacheliers venus chercher leurs résultats. Les sourires sont sur toutes les lèvres et bientôt les rues retentissent de l’éclat des pétards qui s’ajoutent à celui des habituels klaxons. Au moment de la prière, notre « Je vous salue Marie » à plusieurs voix vient compléter le paysage sonore en une joyeuse cacophonie qui n’en demeure pas moins priante. Aujourd’hui, les JO font une dernière fois étape, à Paris, « la capitale du pays » comme dit la chanson. Jeux des embouteillages, Tour Eiffel humaine, béret, pas un des joyaux de la ville n’est laissé pour compte (sauf la baguette… dommage, les pitas commencent à en lasser plus d’un). Alors que certaines équipes terminent les Jeux, une Tomate géante s’improvise sous le préau : pour une fois, la place du ballon n’est pas dans les cages, même si les footeux ont bien du mal à se passer de leurs pieds, lorsqu’ils s’agit d’empêcher la balle de leur passer entre les jambes. Il fait au moins 50°C à l’ombre, mais cela ne décourage pas Mary, la maman de Dana, qui distribue à la ronde Mars, Snickers, pour célébrer les résultats de sa fille. Elle a obtenu un 91,4 (sur 100). A la fin des Jeux, le podium a lieu dans le théâtre : Nantes remporte les épreuves du jour. Pour la pause, un délicieux gâteau – dans lequel nous identifions de la carotte, de la pistache et de la cannelle – nous attend dans la salle des profs. Encore une fois, nous lui faisons honneur. Puis, c’est le branle-bas de combat, tout le monde sur le pont dans l’effervescence générale. Les animateurs jonglent avec les équipes, se les passent et se les envoient pour apporter la touche finale au spectacle que les enfants préparent depuis quelques jours déjà. Rémi et moi faisons répéter Strasbourg (les huit-ans) et Chambéry-Marseille (les neuf-dix-ans) Cette année, les « Petits Poissons », chers au cœur de Nicolas, montent sur scène, suivis de « Mon Pays d’Espagne » (ne cherchez pas le lien avec les JO des villes de France, il n’y en a pas), sans oublier le tube de la semaine : « Dans ma maison sous terre ».

À 14 h 30, nous avons juste le temps de goûter aux galettes de Zaatar avant que les premiers parents n’arrivent. Dans la cour, Yuri tient absolument à me présenter sa petite sœur Maggy. L’espace d’un instant, Yuri la terreur se fait Bisounours… mais pas trop longtemps quand même, le voilà déjà qui tape dans le ballon. C’est l’heure. Les enfants entrent dans le théâtre, plus calmes que jamais – c’est-à-dire pas tout à fait silencieux, mais presque – et vont s’asseoir en rang par terre, devant les chaises occupées par les parents. Le spectacle commence. Les blasons des villes visitées défilent, illustrées de saynètes présentant leurs caractéristiques respectives. Il fait froid à Lille, les cigognes volent à Strasbourg, on skie à Chambéry tout en mangeant du fromage…etc. Chants, comptines et danses se succèdent sous la direction des animateurs français et palestiniens à genoux devant la scène. Au fur et à mesure, de Lille à Paris, les voix se font plus assurées, le phrasé français plus distinct, mais ce sont les mêmes sourires, un peu gênés mais trèèèèès fiers, qui illuminent le visage des enfants quand vient leur tour. Le dessin animé des grands remporte un franc succès, bien mérité. Il faut dire qu’il l’ont écrit et réalisé en quatre jours seulement. Dans un car, des petits Palestiniens sont en route pour le zoo de Jérusalem. Mais voilà qu’ils sont arrêtés au check point. Les animaux sont bien tristes de ne pas pouvoir voir leurs amis. Ils décident alors d’aller à leur rencontre, à tire d’ailes (oui, oui : à tire d’ailes, c’est pour ça que j’aime bien les dessins animés) Ils détruisent le mur et retrouvent les enfants. Moralité : « Ce sont des enfants, dit le Soleil. Ils doivent pouvoir se déplacer. » Les enfants montent ensuite tous ensemble sur scène pour entonner une dernière fois le chant du camp. Puis c’est le moment de répéter la devise de Pierre de Coubertin : « L’important, c’est n’est pas de gagner, c’est de participer. » Vient enfin la remise des médailles, au son de l’hymne olympique. Les enfants redescendent en désordre, en criant le nom de leur équipe, ils courent vers leur famille en brandissant leur trophée. Beaucoup d’entre eux veulent prendre des photos : avec les parents, avec les anim’, seulement les filles, seulement les Palestiniens, tout le monde ensemble, T-shirts jaunes, T-shirts violets,… on ne sait plus où donner de la tête.

Les enfants partis, nous allons nous débarbouiller, nous changer voire nous maquiller, car Naelah la directrice nous emmène au restaurant dans un petit village à dix minutes de Ramallah. De mon côté de la table, Johnny tente tant bien que mal d’initier Yannick à l’anglais, Johanna nous raconte les mariages palestiniens, on rit, on se régale… c’est un très bon repas. Après la tranche de pastèque, nous partons pour une promenade digestive jusqu’à la source qui a donné son nom au village. En fait de rivière nous ne trouvons malheureusement qu’un filet d’eau au fond d’un fossé rempli de détritus. Tant pis pour nous. De retour au restaurant, Johanna, Hiba et Johnny essaient de nous apprendre quelques pas de danse sur la musique qui provient du jardin d’en face, où l’on célèbre des fiançailles. Dans le bus qui nous ramène à Ramallah, nous chantons, puisque nous n’avons pas eu le temps de prier et que comme chacun sait, « chanter, c’est prier deux fois ». Une fois en ville, ceux qui ne veulent pas dormir partent à la recherche d’un endroit sympa. Sur les conseils du cousin de Hiba, nous voici donc au Q Garden (comme à Londres !! La classe !) Succès commerciaux occidentaux comme orientaux, tout y passe, et même en T-shirts violet, jeans et baskets, nous sommes les rois de la piste de danse. Le maillot de l’Espagne, que je portais pour faire chanter les enfants a beaucoup de succès. On ne s’entend pas beaucoup, mais on rigole bien. Les Petits Poissons sont définitivement la choré de l’été. Dana nous rejoint et nous ne manquons pas de féliciter la toute jeune bachelière. Adélaïde et moi dansons sans aucun problème, jusqu’à ce que le rythme se fasse oriental, et là, nous ne pouvons qu’observer dépitées, Nil, Ruba ou bien Hiba qui ont « ça » dans la peau. Voilà. Qu’ai-je fait aujourd’hui ? J’ai encadré un camp de vacances, j’ai chanté, j’ai vu des parents fiers de leurs enfants nous dire merci pour eux, je suis allée au restaurant, j’ai pesté contre la chaleur, je suis sortie danser avec mes amis, sur les musiques qu’on entend qu’en boîte partout dans le monde. Ce que j’aurais fait en France. Alors, bien sûr, les enfants portent des noms que je ne parviens pas toujours à retenir, j’ai mangé avec les doigts au restaurant, j’étais en pantalon malgré la chaleur et il y avait un minaret diffusant la prière pile en face de la terrasse du bar diffusant « I will survive ». Mais ce sont des détails. Vous seriez surpris de voir qu’en Palestine, on ne pense pas forcément tous les jours au mur, aux restrictions, à la guerre ou même à la paix. Comme en France, somme toute. Je crois que c’est aussi ce que voulaient nous montrer nos amis palestiniens. Je crois que c’est ce que nous voulons vous montrer. (Céline)

Vendredi 20 juillet : La journée des contrastes

Vendredi matin avait lieu le dernier temps avec les enfants de l’école… matinée à la fois remplie de joie des relations tissées au fil des jours, des progrès faits par chacun, des jeux organisés ensemble mais aussi un moment où la tristesse de la séparation se peignait sur les visages… A l’année prochaine, inch Allah !

Vendredi après-midi, départ vers Jérusalem en passant par Abu Gosh, monastère bénédictin. La difficulté vécue pour le passage du check point, en particulier en ce premier jour de Ramadan, nous a fait toucher du doigt la dure réalité que vivent jour après jour les Palestiniens, à savoir cette non liberté de mouvement, ce sentiment d’enfermement. Ce qui m’a marquée dans cette aventure, pour certains vécue avec appréhension, est l’importance de notre rôle, notre position de chrétien : comme une passerelle, un pont entre les juifs et les musulmans. Autres paroles touchantes : l’exclamation du chauffeur après avoir enfin réussi à passer le check point : « J’ai prié Jésus et il m’a exaucé ! » Après l’agitation au niveau du passage du mur, la paix d’Abu Gosh nous a apporté beaucoup de réconfort : Frère Olivier nous a partagé quelques expériences de rencontres en vérité avec des juifs, des musulmans. A plusieurs reprises, il nous a dit que personne n’a le droit de perdre espérance, même quand la situation politique semble totalement bloquée. Tout le monde a un cœur et la religion doit aider à ouvrir ces cœurs et non à les enfermer dans des certitudes. Il nous a conseillé, à notre retour, de ne pas verser d’huile sur le feu qui brûle déjà, par des témoignages à charge, mais plutôt de verser de l’huile dans les rouages en multipliant, les ponts, les rencontres, en vérité. Dernier contraste vécu en cette journée riche en émotions : ces vagues de musulmans se rendant à la prière sur l’Esplanade des mosquées, montant vers Jérusalem, qui sont source de tension pour les juifs, et pour moi, chrétienne, signe que Dieu habite le cœur de chaque homme, peu importe la religion. (Anne-Marie)

Samedi 21 juillet : Écoute la voix du Seigneur...

Alors que nous le reprenons en coeur, ce chant se fait l’écho d’une journée d’exploration culturelle et de visites spirituelles au cours desquelles la voix du Seigneur prend une belle pluralité de visages. La voix de Jérusalem d’abord : la cité entre ciel et terre, que nous découvrons le matin même à travers ses rues étroites, ses maisons de pierre et ses couleurs variées. Les regards que nous croisons, qui nous évitent ou nous ignorent, laissent entre apercevoir un mélange complexe : militaires, touristes, religieux, commerçants ou simples badauds semblent évoluer dans une vie commune aussi étonnante que bouillonnante. Outre cette diversité de population, les strates historiques visibles à travers la pierre aiguisent notre curiosité que la visite du musée de la Tour de David nous permet d’apaiser. Des premiers hommes à l’empire britannique, Jérusalem semble avoir connu plusieurs vies. Les grands hommes passent, trépassent, et Jérusalem demeure comme une paix précaire sur la houle de l’histoire. Cette paix, des voix chrétiennes la portent dans une diversité des plus impressionnante : arméniens, grecs, latins, coptes, éthiopiens se pressent autour de l’immense Saint-Sépulcre que nous découvrons en deuxième partie de journée. Fondée sur le rocher de la Croix appelé Golgotha, enraciné dans le tombeau du Christ ressuscité, l’Église une s’exprime ici dans sa plus belle pluralité. Au Saint-Sépulcre, la voix du Seigneur se fait symphonie. Chants, prières, processions rythment l’encrage de la foi des pèlerins, hommes et femmes venus du monde entier pour présenter devant Dieu leurs blessures et leurs espérance. Et que dire des nôtres sinon que nos voix tentent de s’accorder dans la prière. Au milieu du séjour, Jérusalem relance cette prière sur la voie du Seigneur. (Rémi)

Samedi soir je me suis rendu au Kotel (Mur occidental de l’esplanade du Temple) avec ses belles pierres blanches éclairées et ses silhouettes priantes. J’ai été frappé pendant que je priais par la voix du muezzin qui scandait la prière. J’ai intérieurement pensé à ce petit miracle qu’est Jérusalem : des juifs, des musulmans et des chrétiens qui prient à quelques mètres les uns des autres. Me restera cette belle image d’enfant arabe tapant dans la balle de foot avec un soldat israélien… (Stéphane)

Dimanche 22 juillet : S'abaisser au désert

On peut voir le désert comme une invitation à se surpasser. Aller de record de chaleur en record de hauteur… Mais le désert invite avant tout à s’abaisser. S’abaisser devant les éléments naturels qui nous forcent à reconnaître notre propre faiblesse. S’abaisser devant l’oeuvre du Créateur qui a su mettre des ruissellements de vie même au coeur de l’aridité la plus dure. S’abaisser devant ces ermites retirés au désert dans le dénuement le plus absolu, au fonds de grottes qui nous paraissent inaccessibles tant physiquement que spirituellement… S’abaisser… c’est le chemin que nous avons suivi depuis Jérusalem, la cité resplendissante, et Jéricho, l’oasis au fond du monde, isolée dans un enfer de roches et de soleil. S’abaisser… jusqu’à toucher le point le plus bas du monde, au seuil de la mort, là où le Christ se fit baptiser en traversant les eaux du Jourdain, aujourd’hui frontière entre Israël et la Jordanie. La descente vers le Jourdain à travers le désert est une école d’humilité. Le “retour à la vie”, entre la baignade dans la Mer Morte et la remontée vers Jérusalem, n’en a été que plus apprécié… (Nicolas)

Lundi 23 juillet : Dieu dans le murmure d'une brise légère

Aujourd’hui, nous sommes à Yad Vashem, mémorial de la Shoah. Seigneur, j’ai mal au coeur ! Je me pose des questions sur l’homme, sur les gens autour de moi et sur moi-même. Comment l’homme peut-il en arriver à de telles atrocités ? Comment être membre de cette humanité ? Pourquoi parler de la Shoah aujourd’hui m’a plus touché que les autres jours ? Ces images de familles brisées, de personnes extrêmement amaigries, de morts, toute cette détresse… je les avais déjà vues. Ces vêtements d’enfants, ces chaussures ayant appartenu à tous ces gens morts par la folie humaine, je les connaissais. Mais après douze jours passés en Terre Sainte, de nombreuses rencontres, les descendants de survivants de la Shoah que je croise tous les jours, je peux aujourd’hui associer des visages qui me sont proches à ces fameuses chaussures. Shlomo, notre guide, lui-même descendant de survivants, nous présente ces marques de son histoire avec tellement de dignité et de force ! Je sens que c’est un homme heureux car, comme il le dit lui-même : « La plus grande vengeance sur la mort, c’est de donner la vie ! ». Seigneur Jésus, toi qui a souffert par la faute des hommes et qui a su pardonner, guide moi à ta suite car Toi seul est la vie ! (Maeva)

Laissez-moi vous parler des petits moments, des petites phrases que je garderai en mémoire. L’extérieur du mémorial m’a fait réaliser la capacité qu’ont les Juifs à se remettre en question pour toujours avancer. Les monuments de l’Allée des Justes jusqu’à la Vallée des Communautés ont été longuement pensés, repensés, avant de voir le jour. Quant à l’intérieur du Musée historique, c’est un long tunnel sombre où chaque tournant est un nouvel évènement, une nouvelle étape historique à partir de 1933. Shlomo, notre guide, nous parle d’ailleurs de « stations » qui évoquent un Chemin de Croix à la chrétienne que je suis. Heureusement, ce parcours dans l’obscurité aboutit à la lumière, mais je retiendrai surtout le vent frais que j’ai senti en franchissant la sortie et qui m’a rappelé la rencontre d’Élie avec Dieu, non pas dans le tremblement de terre ni dans l’ouragan mais dans le murmure d’une brise légère. Oui, même si cela paraît impossible, incroyable, Dieu est là, toujours à nos côtés, même dans les pires horreurs qu’à pu connaître l’humanité. (Anne)

Mardi 24 juillet : Cultiver le dialogue

De belles rencontres… voilà comment résumer cette journée en trois mots. Nous avons commencé le matin avec une immersion dans le monde juif grâce à Enoch, jeune israélien de 31 ans très impliqué dans les relations entre juifs et chrétiens et habité par la volonté de créer un pont entre les deux communautés. Nous avons pu appréhender au fil de notre échange la société israélienne, ses complexités, ses défis. Nous retiendrons de son intervention son optimisme sur le conflit israélo-palestinien. Comme il l’a très justement relevé « les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas. » L’un des plus gros défis de la société israélienne est de rassembler et de créer un dialogue entre les différents groupes qui la composent. Nous partageons l’espoir et l’optimisme de notre interlocuteur bien que la route à parcourir reste longue. Ensuite, nous nous sommes rendus dans le quartier juif de Jérusalem qui contraste avec le quartier musulman. Les rues y sont plus espacées et plus lumineuses puisqu’en effet ce quartier est composé d’habitations datant des années 70. Le calme ambiant s’oppose à l’agitation du souk des autres quartiers. La seconde rencontre marquante de la journée fut celle du père jésuite David Neuhaus… Quel personnage ! Quel parcours ! Nous avons bu les paroles de ce prêtre polyglotte né juif en Afrique du Sud et baptisé seulement à l’âge de 26 ans. L’originalité de sa vie reflète l’originalité de la communauté religieuse dont il a la charge. En effet, celle-ci est de rite latin mais en langue hébraïque. Son rôle est central pour les enfants d’immigrés catholiques installés en Israël (Philippins, Russes, Indiens, Erythréens…) et qui sont nés en Terre Sainte. Il croit fermement que les chrétiens ont un rôle à jouer entre les Israéliens et Palestiniens, notamment à travers l’apprentissage du pardon. Bien sûr que nos amis connaissent la justice et la paix mais il semblerait qu’ils ignorent le pardon tel que Jésus nous l’a enseigné en donnant sa vie jusqu’au bout. Notre rôle est d’aimer comme le Christ. Nous devons faire preuve de compassion, nous pouvons prendre parti mais le faire en tant qu’artisan de paix, en ne blessant personne, avec d’infinies précautions dans notre discours. L’État d’Israël a le droit d’exister mais il doit aussi reconnaître la grande souffrance des Palestiniens… Comme nous l’avait dit le père Olivier à Abu Gosh : « Refuser de mettre de l’huile sur le feu, mais en mettre dans les rouages. » (Virginie et Stéphane)

Mercredi 25 juillet : Que je mette l’amour !

Ce matin, certains parmi nous sont partis très tôt pour prier au Saint-Sépulcre avant l’arrivée des foules de pèlerins. Pourtant, déjà à 6h30 l’église était bien remplie dans certains endroits. Mais en descendant dans la crypte de sainte Hélène, nous avons trouvé un endroit désert et calme pour prier ensemble. Après la prière commune, je suis montée prier au pied de la croix. Je me suis agenouillée dans un coin. Autour de moi les messes se succédaient, les pèlerins passaient, s’arrêtaient, repartaient, se mettaient à prier. J’aurais du mal à croire qu’on puisse prier dans un endroit aussi agité. Cependant, ici tout est possible. Paradoxalement, je me sentais étrangement bien parmi tant de personnes venues, comme moi, de loin pour prier. Je me sentais proche d’eux. Nous avons retrouvé le reste du groupe au petit déjeuner à l’hôtel. Ensuite, nous sommes tous repartis visiter l’Esplanade de la Mosquée. Je trouvais que par rapport à l’année dernière les gardiens du lieu étaient beaucoup plus sévères quant à nos tenues. C’était probablement dû au ramadan.

Nous avions ensuite rendez-vous avec l’évêque grec-catholique melkite Joseph-Jules qui nous a accueillis à bras ouverts. Tout de suite, il nous a mis à l’aise en nous racontant de petites anecdotes de son enfance. Il nous a présenté aussi l’histoire de l’Église melkite. Nous avons visité avec lui la l’église où nous étions autorisés à entrer derrière l’iconostase. La rencontre s’est terminée par un joyeux déjeuner. L’après-midi, une autre rencontre, bien différente, nous attendait. Un ami de Rémi, Amir, est venu nous parler. Il s’est présenté : il vit à Tel Aviv, il est athée, il n’a pas fait son service militaire… Il avait refusé de le faire et ne le regrette pas. Il a mentionné ses amis traumatisés par leur expérience liée à cette période de leur vie. Amir nous a posé des questions sur Ramallah car il n’y est jamais allé. Étant citoyen israélien il n’en a pas le droit. D’ailleurs, il a avoué qu’une fois il était allé à Bethléem et ne s’était pas senti à l’aise. Il a gardé la conscience d’appartenir aux pays occupant ces territoires. Le discours d’Amir était pessimiste. D’après lui, la situation politique ne s’améliore pas depuis des années, en plus des difficultés économiques qui s’y sont ajoutées.

Après le diner, Anne-Marie, qui part demain pour pouvoir assister au mariage de ses amis, nous a invités à un petit pot d’adieu. Elle a offert à chacun un marque-page avec le mot « paix » en différentes langues. Elle a mis un petit mot sur chaque pièce. On a tiré au sort nos marque-pages et j’ai du mal à parler du hasard ! Ce que nous avons choisi était assez bien approprié à chacun. J’ai eu la citation de saint François d’Assise : « Là où est la haine, que je mette l’amour, là où est la discorde, que je mette l’union… ». Anne-Marie ! Tu nous manques déjà ! A très bientôt ! (Ewelina)

Jeudi 26 juillet : Si tu savais le don du Fils de Dieu...

Ce matin, direction Bethléem. Après l’abaissement du Golgotha, nous poursuivons notre chemin par l’abaissement de l’Incarnation : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Par le car régulier pour Bethléem depuis la porte de Damas, nous passons le mur de sécurité pour nous retrouver dans un monde semblable en bien des points à celui de Ramallah : même ambiance, même taxis jaune et noir, même présence discrète mais bien réelle du christianisme (petites croix gravées sur les linteaux de vieilles maisons…). Nous entrons dans la basilique de la Nativité, passage de l’humilité par une bien petite porte qui s’est réduite au cours de l’histoire. Un chevalier en arme ne risque plus de pouvoir y pénétrer ! Nous avons-nous aussi à laisser « nos armes » à l’extérieur pour entrer dans le mystère : mystère que le Seigneur nous signifie d’une merveilleuse manière à l’intérieur de cette basilique du VIe siècle par un rayon de soleil tombant à l’oblique dans le chœur sur l’ambon des lectures : Parole de Dieu faite chair. Nous descendons dans la « grotte » sous le chœur, lieu de la naissance, pour un bref moment de visite et de vénération entre les messes matinales. Nous passons ensuite dans le dédale des grottes voisines. Saint Jérôme y vécu pour entrer plus profondément dans la réalité de l’Incarnation et ainsi traduire la Bible du grec au latin. Ressortant de la basilique, nous prenons un vrai temps de prière commune à la « Grotte du lait » puis faisons quelques emplettes pour fournir les crèches des prochains Noëls et prenons le temps de nous restaurer. Le soir, après le dîner, sur le dallage du « lithostrotos » au couvent de l’Ecce Homo, nous nous rassemblons pour un temps de prière afin d’introduire le chemin de Croix que nous effectuerons à l’aube le lendemain : méditation du Lavement des pieds et partage d’intentions de prière. « Si tu savais le don du Fils de Dieu, tu le prierais de te donner à boire ! » (Alexandra)

À Jérusalem ! (Animation)

Pendant le camp d’été, les 12-13 ans se sont lancés dans la réalisation d’une petite animation. Ils ont choisi de raconter une histoire à propos de Jérusalem, ville à 19 km de Ramallah mais qui ne leur est que rarement accessible.

Comme dans un atelier d’écriture, ils ont commencé par faire une liste de vocabulaire sur ce que leur inspirait Jérusalem : églises, mosquées, marchés… le célèbre zoo et surtout le check-point ! En rédigeant des phrases en français à partir de ces mots, ils ont construit une petite histoire. Elle dit leur frustration de ne pas pouvoir se rendre librement à Jérusalem et, de façon très poétique, comment la Création se retourne contre cette situation.

Après deux jours de travail d’écriture, l’animation a été mise en image à partir de leurs dessins et avec l’aide de l’association Save the Children. Les élèves ont ensuite ajouté les voix en français. Le résultat fût finalement projeté le 19 juillet 2012 lors de la représentation de fin de camp avec tous les enfants et devant les parents : un très grand succès !

 

Vendredi 27 juillet : Suivre Jésus

Nous nous levons encore une fois tôt ce matin, pour voir le soleil se lever au-dessus du Mont des Oliviers avant de le gravir. Cette montagne à l’Est de Jérusalem nous dit notre espérance. Déjà le prophète Zacharie annonçait-il la venue du messie comme un soleil levant à l’Est, sur le Mont des Oliviers. Les cimetières sont nombreux sur le Mont, attendant cette venue. Jésus y enseigne et y pleure sur la ville. Selon la tradition juive depuis la destruction du Premier Temple (qui sera commémorée demain), celui qui ne sème pas dans les larmes ne récoltera pas dans la joie ; c’est en assumant la souffrance et en ne la rejetant pas que l’on prépare la joie. Ici, Jésus assume la Passion en préfigurant déjà la joie de la Résurrection. C’est avec cette joie au coeur que nous parcourons le Mont des Oliviers en méditant la Passion : comment ne pas être joyeux et serein devant ce spectacle magnifique du soleil levant qui réveille la vielle ville ? Dans l’après-midi, soeur Anne nous ouvre au sens du shabbat qui va commencer, ce jour où l’on s’abstient d’intervenir sur la Création pour célébrer son achèvement et sa perfection. Nous serons reçus ce soir dans des familles juives francophones qui nous ouvrent leur porte pour le repas d’entrée en shabbat. C’est un moment fort de notre voyage, une sorte d’achèvement. Nous y découvrons les rites domestiques, la vie de ces familles, leurs amis, leurs joies et leurs espoirs. Nous sommes si bien reçus et ce repas est si particulier que nous nous sentons comme des amis de la famille. Nous avons en tête les familles arabes qui nous ont reçus dimanche à Ramallah. Ces deux mondes ne se parlent pas et ne peuvent physiquement plus se rejoindre. Alors nous nous tenons au milieu, assumant d’être tiraillés entre deux amitiés, deux fidélités, ne voulant rien rejeter et nous préparant à la joie de la réconciliation de Jérusalem, demeure de Dieu parmi les hommes. (Jean-François)

Samedi 28 juillet : Derniers regards sur Jérusalem

Dernier jour à Jérusalem. Nous échangeons pour commencer ce que chaque groupe a vécu dans les familles la veille. Les six familles juives françaises étaient différentes. Certains nous ont emmenés à un office de caractère sponsal pour l’entrée en shabbat. Toutes ont ouvert leur table pour le repas, préparé avec soin, inaugurant ce jour chéri entre tous pour chaque juif depuis les millénaires. Les échanges ont été très divers, les questions fusant de part et d’autres informations sur notre séjour à Ramallah, la vie en France, explications sur les rites dévolus au père de famille.

Dans la journée, chacun a terminé son séjour selon son désir : musée d’Israël, tour des murailles, prière chez les petites s­œurs de Jésus, derniers achats… En fin de journée, nous avons rencontré Monseigneur Shomali, évêque auxiliaire, au Patriarcat latin. Cela nous a permis de mieux comprendre encore la présence chrétienne en Terre Sainte et plus largement au Moyen Orient. Le soir, temps de prière avec chants et méditation sur un passage du cardinal Martini, « intercéder, c’est… », puis, surprise, dîner sur la terrasse de Notre-Dame de Jérusalem : vue superbe, mets délicieux et cadeaux + chant plein d’humour pour les deux chefs de groupe. Avant de se coucher, impossible de ne pas passer au Kotel où débute la commémoration des deux destructions du Temple, Tisha Be Av, pleurs sur Jérusalem

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