Accueil > À la une > Rencontres de pédagogues en Terre Sainte
À la une , Rencontres des pédagogues

Rencontres de pédagogues en Terre Sainte

2 mars 2026

En Terre Sainte comme en France, on manque de candidats au métier d’enseignant. Pourquoi ? Les salaires ne sont pas très attractifs et nos sociétés n’accordent pas aux professeurs la reconnaissance et l’autorité qu’ils méritent. Traiter les enseignants comme des exécutants n’aide sans doute pas à susciter des vocations. C’est pourtant ce que font tant de responsables politiques, de supérieurs hiérarchiques et même de formateurs.

Les « Rencontres des pédagogues » du Réseau Barnabé prennent le contre-pied de ce schéma descendant. Elles ne visent pas à décliner des solutions mais à nourrir les convictions, l’engagement et l’esprit d’initiative des enseignants. Elles permettent à nos visions éducatives sous-jacentes d’émerger. C’est le cas par exemple de cette enseignante qui raconte ce que la traversée de la guerre lui inspire. « J’ai compris, dit-elle, que le plus important n’était pas de finir mon programme mais de garder mes élèves vraiment vivants. » Un autre déclare : « Le plus important à transmettre est inutile : l’amour, l’art. » La directrice d’une école prestigieuse dit que l’essentiel pour elle en ce moment est de veiller à ce que chaque élève ait au moins une amie.

En s’intéressant à l’expérience singulière de chacun, du commun apparaît. Une enseignante se plaint des difficultés auxquelles elle est confrontée. Il est très difficile d’enseigner le français à de jeunes palestiniens qui ne voient pas bien à quoi ça sert. En parlant avec ses pairs, cette enseignante se souvient d’une expérience heureuse et inspirante. L’an dernier avec quelques collègues françaises, elles ont monté une pièce de théâtre inspirée du Petit Prince de Saint-Exupéry. Les élèves étaient très engagés. Ils ont aimé jouer, construire les décors, trouver les costumes, imaginer la mise-en-scène. Les familles étaient enthousiastes. En l’écoutant, un autre participant se dit que, oui, dès qu’on libère les corps du format scolaire habituel, les apprentissages sont plus faciles.

Une enseignante reconnaît qu’elle aime être comme une maman pour des enfants qui vont mal et qui ont besoin d’être écoutés. Mais être une maman pour tant d’enfants est épuisant ! La plupart des participants à la rencontre se retrouvent au moins un peu dans cette ambivalence. L’une des professeurs prend conscience : « En croyant devoir tout faire toute seule pour mes élèves, je deviens trop dure avec eux ; c’est en équipe qu’on peut agir, en acceptant de ne pas tout pouvoir et de se compléter. » Voilà tout le sens de nos rencontres : nous méfier des théories, faire confiance à notre expérience et notre inspiration et apprendre du regard des autres.

Du 21 au 27 février 2026, une quarantaine de professeurs de plus de trente établissements scolaires français et palestiniens ont ainsi été réunis par groupes de 8 ou 10 à Jérusalem, Bethléem et Ramallah. Fin mars 2026, c’est dans des établissements français que plusieurs professeurs de français de Nazareth, Jérusalem et Bethléem ont prévu de se rendre à la rencontre de leurs homologues.