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Jeudi 19 juillet : On ne pense pas tous les jours à la guerre ou à la paix

publié le 23 juil. 2012 à 13:19 par Réseau Barnabé   [ mis à jour le·3 août 2012 à 23:50 par JF CANTENEUR ]

Au réveil, la ville est plongée dans le brouillard, annonçant l’humidité de la journée à venir. En arrivant à l’école, nous avons découvert la cour envahie de bacheliers venus chercher leurs résultats. Les sourires sont sur toutes les lèvres et bientôt les rues retentissent de l’éclat des pétards qui s’ajoutent à celui des habituels klaxons. Au moment de la prière, notre « Je vous salue Marie » à plusieurs voix vient compléter le paysage sonore en une joyeuse cacophonie qui n’en demeure pas moins priante. Aujourd’hui, les JO font une dernière fois étape, à Paris, « la capitale du pays » comme dit la chanson. Jeux des embouteillages, Tour Eiffel humaine, béret, pas un des joyaux de la ville n’est laissé pour compte (sauf la baguette… dommage, les pitas commencent à en lasser plus d’un). Alors que certaines équipes terminent les Jeux, une Tomate géante s’improvise sous le préau : pour une fois, la place du ballon n’est pas dans les cages, même si les footeux ont bien du mal à se passer de leurs pieds, lorsqu’ils s’agit d’empêcher la balle de leur passer entre les jambes. Il fait au moins 50°C à l’ombre, mais cela ne décourage pas Mary, la maman de Dana, qui distribue à la ronde Mars, Snickers, pour célébrer les résultats de sa fille. Elle a obtenu un 91,4 (sur 100). A la fin des Jeux, le podium a lieu dans le théâtre : Nantes remporte les épreuves du jour. Pour la pause, un délicieux gâteau – dans lequel nous identifions de la carotte, de la pistache et de la cannelle – nous attend dans la salle des profs. Encore une fois, nous lui faisons honneur. Puis, c’est le branle-bas de combat, tout le monde sur le pont dans l’effervescence générale. Les animateurs jonglent avec les équipes, se les passent et se les envoient pour apporter la touche finale au spectacle que les enfants préparent depuis quelques jours déjà. Rémi et moi faisons répéter Strasbourg (les huit-ans) et Chambéry-Marseille (les neuf-dix-ans) Cette année, les « Petits Poissons », chers au cœur de Nicolas, montent sur scène, suivis de « Mon Pays d’Espagne » (ne cherchez pas le lien avec les JO des villes de France, il n’y en a pas), sans oublier le tube de la semaine : « Dans ma maison sous terre ».

À 14 h 30, nous avons juste le temps de goûter aux galettes de Zaatar avant que les premiers parents n’arrivent. Dans la cour, Yuri tient absolument à me présenter sa petite sœur Maggy. L’espace d’un instant, Yuri la terreur se fait Bisounours… mais pas trop longtemps quand même, le voilà déjà qui tape dans le ballon. C’est l’heure. Les enfants entrent dans le théâtre, plus calmes que jamais – c’est-à-dire pas tout à fait silencieux, mais presque – et vont s’asseoir en rang par terre, devant les chaises occupées par les parents. Le spectacle commence. Les blasons des villes visitées défilent, illustrées de saynètes présentant leurs caractéristiques respectives. Il fait froid à Lille, les cigognes volent à Strasbourg, on skie à Chambéry tout en mangeant du fromage…etc. Chants, comptines et danses se succèdent sous la direction des animateurs français et palestiniens à genoux devant la scène. Au fur et à mesure, de Lille à Paris, les voix se font plus assurées, le phrasé français plus distinct, mais ce sont les mêmes sourires, un peu gênés mais trèèèèès fiers, qui illuminent le visage des enfants quand vient leur tour. Le dessin animé des grands remporte un franc succès, bien mérité. Il faut dire qu’il l’ont écrit et réalisé en quatre jours seulement. Dans un car, des petits Palestiniens sont en route pour le zoo de Jérusalem. Mais voilà qu’ils sont arrêtés au check point. Les animaux sont bien tristes de ne pas pouvoir voir leurs amis. Ils décident alors d’aller à leur rencontre, à tire d’ailes (oui, oui : à tire d’ailes, c’est pour ça que j’aime bien les dessins animés) Ils détruisent le mur et retrouvent les enfants. Moralité : « Ce sont des enfants, dit le Soleil. Ils doivent pouvoir se déplacer. » Les enfants montent ensuite tous ensemble sur scène pour entonner une dernière fois le chant du camp. Puis c’est le moment de répéter la devise de Pierre de Coubertin : « L’important, c’est n’est pas de gagner, c’est de participer. » Vient enfin la remise des médailles, au son de l’hymne olympique. Les enfants redescendent en désordre, en criant le nom de leur équipe, ils courent vers leur famille en brandissant leur trophée. Beaucoup d’entre eux veulent prendre des photos : avec les parents, avec les anim’, seulement les filles, seulement les Palestiniens, tout le monde ensemble, T-shirts jaunes, T-shirts violets,… on ne sait plus où donner de la tête.

Les enfants partis, nous allons nous débarbouiller, nous changer voire nous maquiller, car Naelah la directrice nous emmène au restaurant dans un petit village à dix minutes de Ramallah. De mon côté de la table, Johnny tente tant bien que mal d’initier Yannick à l’anglais, Johanna nous raconte les mariages palestiniens, on rit, on se régale… c’est un très bon repas. Après la tranche de pastèque, nous partons pour une promenade digestive jusqu’à la source qui a donné son nom au village. En fait de rivière nous ne trouvons malheureusement qu’un filet d’eau au fond d’un fossé rempli de détritus. Tant pis pour nous. De retour au restaurant, Johanna, Hiba et Johnny essaient de nous apprendre quelques pas de danse sur la musique qui provient du jardin d’en face, où l’on célèbre des fiançailles. Dans le bus qui nous ramène à Ramallah, nous chantons, puisque nous n’avons pas eu le temps de prier et que comme chacun sait, « chanter, c’est prier deux fois ». Une fois en ville, ceux qui ne veulent pas dormir partent à la recherche d’un endroit sympa. Sur les conseils du cousin de Hiba, nous voici donc au Q Garden (comme à Londres !! La classe !) Succès commerciaux occidentaux comme orientaux, tout y passe, et même en T-shirts violet, jeans et baskets, nous sommes les rois de la piste de danse. Le maillot de l’Espagne, que je portais pour faire chanter les enfants a beaucoup de succès. On ne s’entend pas beaucoup, mais on rigole bien. Les Petits Poissons sont définitivement la choré de l’été. Dana nous rejoint et nous ne manquons pas de féliciter la toute jeune bachelière. Adélaïde et moi dansons sans aucun problème, jusqu’à ce que le rythme se fasse oriental, et là, nous ne pouvons qu’observer dépitées, Nil, Ruba ou bien Hiba qui ont « ça » dans la peau. Voilà. Qu’ai-je fait aujourd’hui ? J’ai encadré un camp de vacances, j’ai chanté, j’ai vu des parents fiers de leurs enfants nous dire merci pour eux, je suis allée au restaurant, j’ai pesté contre la chaleur, je suis sortie danser avec mes amis, sur les musiques qu’on entend qu’en boîte partout dans le monde. Ce que j’aurais fait en France. Alors, bien sûr, les enfants portent des noms que je ne parviens pas toujours à retenir, j’ai mangé avec les doigts au restaurant, j’étais en pantalon malgré la chaleur et il y avait un minaret diffusant la prière pile en face de la terrasse du bar diffusant « I will survive ». Mais ce sont des détails. Vous seriez surpris de voir qu’en Palestine, on ne pense pas forcément tous les jours au mur, aux restrictions, à la guerre ou même à la paix. Comme en France, somme toute. Je crois que c’est aussi ce que voulaient nous montrer nos amis palestiniens. Je crois que c’est ce que nous voulons vous montrer. (Céline)

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